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Google va envoyer ses puces IA dans l’espace : les défis sont de taille

Et si les futurs centres de calcul destinés à l’intelligence artificielle ne se trouvaient plus uniquement sur Terre ?

Google s’apprête désormais à tester des puces d’intelligence artificielle directement en orbite. L’idée pourrait sembler appartenir à la science-fiction. Pourtant, le projet existe et porte un nom : Project Suncatcher.

Annoncé en 2025 comme un programme de recherche à long terme, il étudie la possibilité de construire un jour des infrastructures de calcul composées de satellites équipés de processeurs IA, alimentés par l’énergie solaire et reliés entre eux par des communications optiques à très haut débit.

En septembre 2026, Google a franchi une nouvelle étape : un premier prototype doit désormais être placé en orbite afin de tester le comportement réel de ses Tensor Processing Units (TPU) dans l’environnement spatial.

Derrière cette expérimentation se cache une question beaucoup plus importante : l’espace pourrait-il devenir une extension des data centers terrestres ?

Pourquoi envoyer des puces IA dans l’espace ?

L’intelligence artificielle moderne demande des capacités de calcul considérables.

L’entraînement et l’utilisation des grands modèles mobilisent des milliers de processeurs spécialisés dans des infrastructures consommant énormément d’électricité.

Google part donc d’une ressource particulièrement abondante dans l’espace : le Soleil.

Dans certaines orbites terrestres basses, des satellites peuvent être exposés presque continuellement au rayonnement solaire.

Selon les travaux de Google, un panneau solaire correctement placé pourrait ainsi produire jusqu’à huit fois plus d’énergie que sur Terre.

Le concept de Suncatcher consiste donc à imaginer de petits satellites équipés de processeurs TPU fonctionnant comme les éléments distribués d’un gigantesque ordinateur orbital.

Au lieu d’un immense bâtiment rempli de serveurs, le « data center » pourrait devenir une constellation de satellites de calcul.

Des dizaines de TPU dans chaque satellite

À terme, Google imagine des satellites transportant chacun plusieurs dizaines de puces TPU.

Mais un modèle d’intelligence artificielle moderne ne fonctionne pas nécessairement sur un seul processeur : les calculs doivent être répartis entre de très nombreux accélérateurs.

Les satellites devraient donc communiquer entre eux avec une vitesse comparable aux interconnexions utilisées dans les data centers terrestres.

Google étudie pour cela des liaisons optiques par laser.

Les recherches publiées par l’entreprise évoquent la nécessité d’atteindre des communications de l’ordre de plusieurs dizaines de térabits par seconde entre satellites.

Le défi est considérable.

Les satellites se déplacent à plusieurs kilomètres par seconde et doivent maintenir des faisceaux laser extrêmement précis vers leurs voisins.

Google compare la précision nécessaire à celle qui consisterait à viser une cible de la taille d’une pièce à plusieurs kilomètres alors que les deux points sont en mouvement.

Premier défi : survivre au lancement

Avant même de faire fonctionner une IA dans l’espace, il faut que les processeurs atteignent l’orbite.

Lors du lancement, le matériel est soumis à de fortes vibrations et accélérations.

Google indique que le satellite peut subir des accélérations pouvant atteindre environ 10 g, tandis que certains composants peuvent ponctuellement supporter des contraintes beaucoup plus importantes.

Les équipes ont donc soumis le matériel à des tests de vibrations reproduisant les conditions d’un lancement spatial.

Deuxième défi : les radiations

Sur Terre, l’atmosphère et le champ magnétique protègent largement les équipements électroniques du rayonnement spatial.

En orbite, les composants sont beaucoup plus exposés aux particules énergétiques susceptibles de provoquer des erreurs dans les mémoires ou d’endommager les circuits électroniques.

Google a notamment testé ses TPU Trillium v6e sous un faisceau de protons de 67 MeV.

Selon les résultats publiés par ses chercheurs, aucune panne matérielle attribuable à la dose ionisante totale n’a été observée jusqu’à 15 krad sur la puce testée. Les premières irrégularités concernant la mémoire à haut débit seraient apparues à environ 2 krad, soit une exposition supérieure à celle estimée pour plusieurs années de mission avec protection.

Ces résultats ne signifient pas qu’un TPU standard peut immédiatement fonctionner des années dans l’espace, mais ils sont suffisamment encourageants pour justifier des essais orbitaux.

Troisième défi : comment refroidir un data center… dans le vide ?

Sur Terre, les centres de données utilisent d’importants systèmes de circulation d’air ou de liquide pour évacuer la chaleur produite par leurs processeurs.

Dans l’espace, il n’y a pratiquement pas d’air. Impossible donc de placer simplement des ventilateurs autour des puces.

La chaleur doit être transférée puis évacuée principalement par rayonnement thermique.

Google expérimente pour cela des systèmes associant notamment des caloducs et des radiateurs.

Des prototypes ont déjà été testés dans des chambres simulant le vide et les températures rencontrées dans l’espace.

Cette question thermique pourrait être l’un des obstacles les plus complexes à résoudre pour des infrastructures orbitales très puissantes.

Le premier véritable test commence maintenant

Google travaille avec l’entreprise d’imagerie satellitaire Planet.

L’étape actuelle consiste à tester du matériel TPU en orbite afin de mesurer son comportement face au lancement, aux radiations et aux variations thermiques.

Une étape ultérieure prévue en 2027 doit tester deux satellites et notamment les communications optiques nécessaires pour faire travailler plusieurs plateformes ensemble.

Il s’agit encore de prototypes de recherche, et non d’un data center opérationnel.

Mais c’est précisément ce qui rend l’expérience importante. Une idée qui relevait encore récemment de la prospective commence à être confrontée aux contraintes réelles de l’espace.

Une question économique décisive

Même si toutes les difficultés techniques étaient résolues, une autre question subsisterait. Combien coûterait le lancement de milliers de tonnes de matériel informatique ?

Google estime dans ses travaux exploratoires que si le coût du lancement descendait vers 200 dollars par kilogramme au milieu des années 2030, certaines architectures pourraient commencer à devenir économiquement comparables, sur certains critères énergétiques, aux infrastructures terrestres.

Cette hypothèse reste évidemment très dépendante de l’évolution du marché des lanceurs.

Mais l’arrivée de systèmes fortement réutilisables comme Starship explique également pourquoi l’idée de déplacer certaines infrastructures vers l’espace est aujourd’hui étudiée beaucoup plus sérieusement qu’il y a quelques années.

Les data centers spatiaux remplaceront-ils ceux de la Terre ?

Probablement pas dans un avenir proche.

Les centres de données terrestres bénéficient d’infrastructures électriques, de réseaux télécoms, d’une maintenance accessible et de chaînes logistiques extrêmement développées.

Dans l’espace, remplacer une puce défaillante ou un système de refroidissement serait infiniment plus complexe.

Il faut aussi transmettre les données vers la Terre, gérer les débris orbitaux, assurer la maintenance et prendre en compte l’impact environnemental des lancements et des constellations.

Mais Google ne cherche pas encore à remplacer les data centers terrestres.

Project Suncatcher cherche d’abord à répondre à une question plus fondamentale :

est-il physiquement et économiquement possible de déplacer une partie du calcul IA dans l’espace ?

Le premier TPU placé en orbite ne constituera donc pas un data center spatial. Il pourrait néanmoins représenter la première brique expérimentale d’un concept qui, il y a encore quelques années, semblait presque irréaliste.


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