Lancé en 2004, l’observatoire spatial Neil Gehrels Swift de la NASA devait initialement traquer les sursauts gamma, ces explosions parmi les plus puissantes de l’Univers.
Plus de vingt ans plus tard, Swift continue pourtant d’élargir son terrain de chasse.
En 2023, les scientifiques annonçaient ainsi une découverte étonnante réalisée grâce à son télescope à rayons X : une étoile comparable au Soleil était progressivement dépouillée de sa matière par un trou noir dans une galaxie située à plus de 500 millions d’années-lumière de la Terre.
Et surtout, cela ne s’était pas produit une seule fois.
L’étoile survivait à ses rencontres successives avec le trou noir avant de revenir périodiquement à proximité de celui-ci.
Une découverte baptisée Swift J023017.0+283603, ou plus simplement Swift J0230, qui avait démontré que cet observatoire vieillissant pouvait encore ouvrir de nouveaux champs d’exploration.
Trois ans plus tard, l’histoire prend une nouvelle dimension : Swift continue à détecter des étoiles détruites par des trous noirs, tandis que le satellite lui-même approche désormais de la fin de sa vie orbitale.
Swift J0230 : une étoile semblable au Soleil grignotée par un trou noir
Le 22 juin 2022, le télescope à rayons X XRT – X-Ray Telescope de Swift détecte une nouvelle source de rayons X dans une galaxie située à environ 500 millions d’années-lumière, dans la constellation du Triangle.
Le phénomène intrigue rapidement les astronomes.
Swift observe ensuite neuf autres épisodes d’activité provenant du même endroit, espacés de quelques semaines.
L’objet est baptisé Swift J0230.
L’équipe dirigée par l’astrophysicien Phil Evans, de l’Université de Leicester, propose alors une explication spectaculaire : une étoile ressemblant à notre Soleil tournerait autour d’un trou noir possédant plus de 200 000 fois la masse du Soleil.
À chacun de ses passages rapprochés, l’étoile perdrait l’équivalent d’environ trois masses terrestres de matière.
Mais elle survivrait. Du moins temporairement.
L’étude menée par Phil Evans et ses collaborateurs a été publiée le 7 septembre 2023 dans Nature Astronomy.
Les observations indiquent des éruptions quasi périodiques provoquées par ce système exceptionnel.
Quand un trou noir arrache progressivement une étoile
Lorsqu’une étoile passe suffisamment près d’un trou noir, la différence d’attraction gravitationnelle entre ses différentes parties peut devenir considérable.
Ces forces de marée peuvent étirer l’étoile et lui arracher une partie de sa matière.
Les astronomes appellent ce phénomène un événement de perturbation par effet de marée, ou Tidal Disruption Event – TDE.
Dans les cas les plus violents, l’étoile peut être entièrement détruite.
Mais il existe également des perturbations partielles ou répétées.
L’étoile passe alors régulièrement à proximité du trou noir, perd une partie de son gaz puis repart sur son orbite.
Le phénomène peut se reproduire à chacun de ses passages.
Swift J0230 constitue un exemple particulièrement intéressant de ce type d’événement.
Les observations complémentaires ont même révélé une récurrence d’environ 22 jours, intermédiaire entre plusieurs catégories d’éruptions périodiques déjà connues autour des trous noirs.
Une nouvelle manière d’utiliser Swift
Cette découverte était également remarquable pour une autre raison.
Swift n’avait pas été conçu spécifiquement pour rechercher ce type de phénomène.
L’observatoire était principalement destiné à détecter les sursauts gamma, mais les astronomes ont progressivement exploité ses instruments pour étudier de nombreux autres phénomènes transitoires.
Swift J0230 a été identifié grâce à une nouvelle méthode automatisée d’analyse des données du XRT : le Swift X-ray Transient Detector.
Après chaque observation, le logiciel compare les nouvelles données aux précédentes observations de la même zone du ciel.
Une variation inhabituelle peut alors déclencher une alerte et permettre aux astronomes d’organiser rapidement de nouvelles observations.
Swift J0230 avait été découvert seulement quelques mois après la mise en service de ce système.
En 2026, Swift découvre un autre trou noir dévorant une étoile
Trois ans après Swift J0230, l’histoire s’est répétée — mais avec une découverte encore plus inhabituelle.
Le 27 juillet 2026, la NASA a annoncé que les observations de Swift avaient permis de confirmer un événement de destruction stellaire extrêmement rare.
Cette fois, le responsable est un trou noir d’environ un million de masses solaires, situé non pas au cœur de sa galaxie, mais à plus de 30 000 années-lumière de son centre.
L’événement avait initialement été repéré en novembre 2025 par le Zwicky Transient Facility, avant d’être observé avec plusieurs télescopes, dont Swift.
La galaxie concernée se trouve à environ 750 millions d’années-lumière de la Terre.
Grâce notamment au télescope ultraviolet/optique UVOT de Swift, les chercheurs ont mesuré une température d’environ 30 000 °C pour le phénomène.
Pendant quelques mois, l’événement était même tellement énergétique qu’il a surpassé en ultraviolet la luminosité de l’ensemble de sa galaxie hôte, atteignant temporairement l’équivalent d’environ 10 milliards de Soleils.
Un trou noir « errant » à la périphérie d’une galaxie
Cette découverte est particulièrement importante car les trous noirs supermassifs sont normalement recherchés au centre des galaxies. Or celui-ci se trouvait très loin du noyau galactique.
Les scientifiques parlent ainsi d’un trou noir supermassif « errant » ou « orphelin ».
Plusieurs scénarios pourraient expliquer sa présence.
Il pourrait notamment s’agir du vestige d’une petite galaxie ayant fusionné avec une galaxie plus importante. Une interaction complexe entre plusieurs trous noirs lors de fusions galactiques pourrait également avoir déplacé l’un d’entre eux loin du centre.
L’étoile détruite devient alors presque une balise cosmique : sans cette rencontre spectaculaire, le trou noir serait resté extrêmement difficile à détecter.
Les astronomes espèrent désormais utiliser ce type d’événement pour rechercher d’autres trous noirs cachés dans les périphéries galactiques.
Mais Swift lui-même est désormais en danger
Alors que Swift continue à produire des résultats scientifiques, le satellite fait face à un problème beaucoup plus proche de la Terre.
Après plus de deux décennies en orbite basse, son altitude diminue progressivement sous l’effet de la très faible atmosphère terrestre encore présente à plusieurs centaines de kilomètres d’altitude.
L’activité solaire récente a renforcé cette traînée atmosphérique et accéléré la perte d’altitude du satellite.
Swift ne possède pas de système de propulsion lui permettant de remonter lui-même son orbite.
La NASA a donc tenté en 2026 une opération exceptionnelle.
Une mission robotique pour sauver Swift
La société Katalyst Space a développé le véhicule robotique LINK, destiné à rejoindre Swift en orbite, le capturer et relever son altitude.
Une opération ambitieuse : Swift n’avait jamais été conçu pour être ravitaillé ou saisi par un autre engin spatial.
Mais la mission n’a pas fonctionné comme prévu.
Après son lancement, LINK a rencontré d’importants problèmes de contrôle d’attitude. Deux de ses trois roues de réaction sont notamment devenues inutilisables et son système de propulsion à gaz froid a subi une perte partielle de fonctionnalités.
Le 19 août 2026, la NASA et Katalyst ont finalement annoncé que LINK ne tenterait plus de capturer et de remonter Swift.
La mission a néanmoins permis de tester plusieurs technologies de rendez-vous et de maintenance robotique en orbite.
LINK s’est approché à environ 12 à 15 kilomètres de Swift, a déployé ses trois bras robotiques et testé simultanément ses trois propulseurs électriques.
Septembre 2026 : Swift reprend pourtant ses observations
Malgré l’échec de la tentative de remontée d’orbite, la NASA a choisi de remettre progressivement Swift au travail.
Le 26 août 2026, les équipes ont rallumé ses deux instruments scientifiques XRT et UVOT.
Puis, en septembre, son troisième instrument, le Burst Alert Telescope – BAT, a lui aussi été réactivé.
Le BAT a recommencé à détecter les rayons gamma le 18 septembre.
Et le 21 septembre 2026, Swift a retrouvé l’une de ses capacités les plus importantes : se réorienter automatiquement lorsqu’il détecte un nouveau phénomène énergétique dans le ciel.
Plus de vingt et un ans après son lancement, l’observatoire fonctionnait donc de nouveau avec ses trois instruments scientifiques.
Une course contre la montre
Cette reprise scientifique a cependant un prix.
Pour ralentir sa descente, Swift avait auparavant adopté des orientations permettant de réduire la traînée atmosphérique.
En reprenant ses observations et ses mouvements habituels, le satellite recommence à perdre plus rapidement de l’altitude.
Au 25 septembre 2026, la NASA indiquait qu’il évoluait à environ 325 kilomètres au-dessus de la Terre.
Sous 300 kilomètres, les opérations deviennent beaucoup plus difficiles et les observations scientifiques devraient probablement devoir s’arrêter.
La NASA estimait alors que Swift pourrait atteindre cette zone critique au début ou au milieu du mois d’octobre 2026.
La tentative destinée à prolonger sa vie n’ayant pas permis de relever son orbite, la NASA considère désormais que Swift se dirige vers sa rentrée atmosphérique.
Dans son bilan publié le 28 septembre 2026, l’agence précise que, sans intervention, la mission devrait prendre fin et le satellite rentrer dans l’atmosphère avant la fin de l’année 2026.
Plus de vingt ans à observer l’Univers
Swift avait été lancé le 20 novembre 2004, dans le cadre du programme MIDEX de la NASA.

Il dispose de trois principaux instruments :
- le Burst Alert Telescope (BAT) pour détecter les sursauts gamma ;
- le X-Ray Telescope (XRT) pour étudier les sources de rayons X ;
- l’Ultraviolet/Optical Telescope (UVOT) pour observer dans l’ultraviolet et le visible.
Sa mission initiale devait principalement permettre d’étudier les sursauts gamma.
Mais au fil de plus de vingt années d’observations, Swift est devenu un véritable observatoire des phénomènes transitoires de l’Univers : explosions stellaires, supernovæ, étoiles à neutrons, trous noirs ou événements de perturbation par effet de marée.
Aujourd’hui encore, le site scientifique officiel de Swift indique que les opérations sont nominales.
Swift, jusqu’au dernier regard vers le ciel
L’histoire de Swift J0230 illustrait déjà en 2023 la capacité remarquable d’une mission spatiale à dépasser largement ses objectifs initiaux.
En 2026, cette histoire prend une dimension supplémentaire.
Swift vient encore de contribuer à découvrir un trou noir massif errant à plusieurs dizaines de milliers d’années-lumière du centre de sa galaxie, précisément grâce à l’étude d’une étoile qu’il était en train de détruire.
Dans le même temps, l’observatoire lui-même se rapproche inexorablement de l’atmosphère terrestre.
Après plus de vingt ans de service et alors même que sa fin semble désormais proche, Swift continue donc à faire ce pour quoi il est devenu indispensable : détecter les événements les plus soudains et les plus violents de l’Univers.
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